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Contentieux environnemental au Sénégal : entre injustices, recours et documentation des atteintes

7 August 2026 · AJE INTERNATIONAL · 3 min de lecture
Contentieux environnemental au Sénégal : entre injustices, recours et documentation des atteintes

Comment garantir le droit à un environnement sain lorsque les communautés peinent encore à faire entendre leur voix ? 

C’est autour de cette question qu’Action pour la Justice Environnementale (AJE), en partenariat avec le Cercle des publicistes de l’Institut Supérieur de Droit de Dakar (ISDD), a organisé, le 22 July 2026, un panel consacré au contentieux environnemental au Sénégal. Juristes, universitaires, étudiants, organisations de la société civile et représentants des communautés s’y sont retrouvés pour échanger sur les défis liés aux injustices environnementales, aux voies de recours et à la documentation des atteintes.

En ouvrant les discussions, M. Ibrahima Ngom a rappelé que le Sénégal s’est doté d’un cadre juridique de plus en plus protecteur du droit à un environnement sain. Toutefois, il a souligné que l’effectivité de ce droit demeure un défi. Selon lui, « le contentieux environnemental est principalement de nature administrative, mais les associations de défense de l’environnement et les communautés continuent de se heurter à des obstacles procéduraux qui limitent leur capacité à agir en justice et à défendre efficacement leurs droits».

Dans la même dynamique, Me Bocar Kanté a insisté sur l’importance de rendre les voies de recours réellement accessibles aux populations affectées. Si les mécanismes juridiques existent, leur efficacité dépend de leur mise en œuvre effective. Comme il l’a rappelé, « au-delà des avancées juridiques, une véritable volonté politique est indispensable pour garantir le respect des décisions des tribunaux et assurer une protection effective de l’environnement ». Il a également souligné les perspectives offertes par le développement de nouveaux recours et le renforcement des mécanismes de justice environnementale.

Les échanges ont ensuite montré que les communautés sont aujourd’hui des actrices à part entière de la justice environnementale. À travers les plaidoiries des étudiants de l’ISDD, les expériences de Thiaroye et de Bargny ont illustré la manière dont les populations s’organisent pour défendre leurs droits. 

À Thiaroye, le combat du Collectif des habitants de la Cité F.I.S. contre les nuisances de l’usine SENCHIM démontre qu’une mobilisation collective, soutenue par une documentation rigoureuse des atteintes, peut conduire à des décisions de justice favorables. 

À Bargny, les femmes transformatrices de poissons, les pêcheurs, les élus locaux et les organisations de la société civile ont montré que le plaidoyer, la mobilisation citoyenne et les recours juridiques peuvent contribuer à faire évoluer les décisions publiques face aux impacts des projets industriels.

 

La communication de M. Diop consacrée à la documentation des atteintes à l’environnement est venue compléter cette réflexion en mettant en lumière l’expérience des communautés de Sébikotane. Grâce aux outils de suivi des pollutions développés dans le cadre de l’Observatoire éco-citoyen et à la production du rapport AirGEO, les communautés disposent désormais de données objectives sur la qualité de l’air. Cette initiative montre que la documentation ne constitue pas une simple collecte d’informations : elle devient un véritable outil de plaidoyer, permettant d’objectiver les atteintes, de renforcer le dialogue avec les autorités et, lorsque cela s’avère nécessaire, de soutenir les recours devant les juridictions.

Thiaroye, Bargny et Sébikotane illustrent ainsi trois dimensions complémentaires de la justice environnementale : le recours stratégique au droit, la mobilisation communautaire et la production de preuves. Ensemble, ces expériences démontrent que la protection des droits environnementaux repose autant sur l’action des communautés que sur l’effectivité des mécanismes juridiques.

En créant cet espace de dialogue entre chercheurs, praticiens du droit, étudiants et représentants des communautés, Action pour la Justice Environnementale (AJE) réaffirme son engagement à promouvoir une justice environnementale plus accessible, fondée sur l’accès au droit, la participation citoyenne et la production de connaissances. Face aux défis environnementaux croissants, renforcer les capacités des communautés à documenter les atteintes, à mobiliser les voies de recours et à défendre leurs droits demeure une condition essentielle pour construire une gouvernance environnementale plus juste et plus inclusive au Sénégal.

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