Au Sénégal, les enjeux environnementaux sont aujourd’hui étroitement liés aux questions de cohésion sociale, de développement durable et de stabilité des territoires. Le changement climatique, l’érosion côtière, la dégradation des terres, les inondations ainsi que la pression croissante sur les ressources en eau et les écosystèmes affectent directement les conditions de vie des populations. Ces perturbations touchent en premier lieu les communautés dont les moyens de subsistance dépendent des ressources naturelles, notamment les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les riverains des zones côtières.
Consciente de ces interconnexions majeures, AJE – Action pour la Justice Environnementale, en partenariat avec l’Observatoire de Suivi des Indicateurs de Développement Économique en Afrique (OSIDEA), a réuni, le 2 September 2026, divers acteurs autour d’un webinaire national consacré au thème « Paix et environnement au Sénégal : enjeux, interconnexions et perspectives pour un développement durable ».
Les échanges ont permis de mettre en lumière plusieurs enjeux environnementaux et leurs implications pour la paix, la cohésion sociale et le développement durable. Les discussions se sont articulées autour de plusieurs axes complémentaires. Les participants ont
d’abord abordé les principales vulnérabilités environnementales qui affectent les territoires sénégalais, notamment l’érosion côtière, les inondations, la dégradation des terres et la pression sur les ressources naturelles. Le cas de la Langue de Barbarie à Saint-Louis a notamment illustré les conséquences de l’érosion côtière sur les habitations, les activités économiques et les moyens de subsistance des populations.

Les échanges ont ensuite porté sur les liens entre dégradation environnementale, vulnérabilités et tensions sociales. Ils ont permis de rappeler que la dégradation des ressources naturelles ne constitue pas, à elle seule, une cause automatique de conflit. Elle peut toutefois accentuer les tensions lorsqu’elle se combine à des inégalités d’accès aux ressources, à des difficultés foncières ou à des insuffisances de gouvernance. Ces enjeux prennent une importance particulière dans le contexte de l’essor des projets miniers, pétroliers et gaziers, qui soulèvent des questions liées à la protection de
l’environnement, à l’occupation des territoires, au partage des retombées et à l’implication des communautés locales.
Une attention particulière a également été accordée à la transparence, à l’accès à l’information et à la participation citoyenne. Les discussions ont souligné qu’une information environnementale insuffisante peut favoriser les incompréhensions et la méfiance. À l’inverse, une information accessible et une participation effective des populations peuvent contribuer à prévenir les tensions.

L’association des communautés aux différentes étapes de la prise de décision, ainsi que le recours au dialogue, à la médiation et aux mécanismes de réclamation, apparaissent ainsi comme des leviers importants de prévention.
Au terme du webinaire, plusieurs pistes ont été mises en avant : renforcer les mécanismes de prévention et d’alerte, améliorer l’accès à l’information environnementale, favoriser le dialogue entre les acteurs, renforcer la résilience des communautés et promouvoir une gouvernance inclusive des ressources naturelles. Le rôle de la société civile dans la sensibilisation, la documentation des réalités de terrain, le renforcement des capacités et le plaidoyer a également été souligné.
À travers cette rencontre, AJE réaffirme son engagement en faveur de la justice
environnementale, de la participation citoyenne et d’une gouvernance équitable des ressources naturelles. En poursuivant ses actions de sensibilisation, de documentation, de renforcement des capacités et de dialogue avec les acteurs, l’organisation contribue à promouvoir des réponses adaptées aux réalités des territoires.
Ce webinaire rappelle ainsi que la protection de l’environnement constitue également un enjeu de paix et de cohésion sociale. La transparence, la participation et le dialogue apparaissent comme des conditions essentielles pour prévenir les tensions et construire un développement durable et inclusif au Sénégal.
Du 1er au 3 September 2026, Accra a accueilli l’atelier « Africa at the Centre: Leading Change, Shifting Power », un rendez-vous panafricain porté par le WACSI en partenariat avec EPIC-Africa, AFFORD, Reos Partners et RINGO. Plus de 200 leaders venus de 30 pays organisations de la société civile, bailleurs, chercheurs, jeunes leaders, acteurs de la diaspora s’y sont retrouvés, dont Action pour la Justice Environnementale (AJE), présente en tant que partenaire.
Trois jours d’échanges denses, marqués par une conviction partagée le développement de l’Afrique ne peut plus être pensé, financé ni piloté depuis l’extérieur. Il doit être conduit, analysé et réinventé par les Africains eux-mêmes, à partir de leurs réalités, de leurs savoirs et de leurs priorités.
Ces échanges ont fait émerger plusieurs problématiques structurantes pour l’avenir du continent. La transparence et la redevabilité des institutions et des programmes de développement ont été au cœur des discussions, tout comme la nécessité de repenser les systèmes de production pour qu’ils servent réellement les populations locales.
La justice environnementale s’est également imposée comme un enjeu incontournable, tant les crises climatiques touchent en première ligne les communautés qui ont le moins participé aux décisions qui les concernent.
Enfin, la question du financement a traversé l’ensemble des débats au-delà de l’accès aux ressources extérieures, c’est l’autofinancement des pays africains qui a été présenté comme la clé d’un développement réellement durable, moins dépendant des cycles et des priorités des bailleurs.
De ces trois jours ressort un message central : mettre l’Afrique au centre ne peut se limiter à un slogan. Cela suppose une véritable implication des communautés non pas une implication de façade, réduite à valider des décisions déjà prises, mais une participation active et continue, du début à la fin de chaque processus de décision. C’est cette exigence de redistribution réelle du pouvoir, et non seulement du discours sur le pouvoir, qui doit désormais guider la suite : celle que le WACSI et ses partenaires, dont AJE, s’engagent à porter au-delà de la rencontre d’Accra.
La biodiversité est bien plus qu’un patrimoine naturel : elle constitue le socle de notre sécurité alimentaire, de notre économie, de notre santé et de notre résilience face aux changements climatiques. Au Sénégal, les forêts, mangroves, zones humides, écosystèmes marins et savanes fournissent chaque jour des ressources indispensables aux populations. Pourtant, cette richesse naturelle se dégrade progressivement sous l’effet de la déforestation, de l’urbanisation, de la surexploitation des ressources, des pollutions et des changements climatiques. Face à ces défis, la protection de la biodiversité n’est plus uniquement une question environnementale : elle est devenue un enjeu majeur de développement durable et de justice environnementale.
Consciente de ces enjeux, AJE-Action pour la Justice Environnementale a organisé, le 15 July 2026, un webinaire consacré à « L’état de la biodiversité au Sénégal à l’aune de la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal ». Cette rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des organisations de la société civile, du monde universitaire, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des citoyens engagés, autour d’un objectif commun : renforcer le dialogue et partager les connaissances sur les défis et les perspectives de la conservation de la biodiversité au Sénégal.
Les différentes communications ont permis de dresser un état des lieux de la biodiversité nationale. Les experts ont rappelé que le Sénégal bénéficie d’une remarquable diversité d’écosystèmes qui soutiennent des secteurs essentiels tels que l’agriculture, la pêche, l’élevage, le tourisme et les produits forestiers non ligneux. Ils ont toutefois souligné que ces écosystèmes demeurent particulièrement vulnérables face aux multiples pressions exercées sur les ressources naturelles, entraînant une dégradation progressive des habitats et des services écosystémiques dont dépendent les populations. Le webinaire a également mis en lumière les efforts déjà entrepris par le Sénégal pour répondre aux engagements du Cadre mondial de Kunming-Montréal. Parmi les avancées présentées figurent l’augmentation des aires marines protégées communautaires, la création de nouvelles forêts classées, l’intégration progressive de la restauration des écosystèmes dans les politiques publiques ainsi que la révision en cours de la Stratégie nationale et Plan d’actions pour la biodiversité (SPANB). Ces travaux ont été effectués par la DPN-Direction des Parcs Nationaux et témoignent d’une dynamique encourageante qui devra toutefois être consolidée par une meilleure coordination entre les acteurs et une implication accrue des territoires.
Au-delà des politiques publiques, les échanges ont insisté sur un principe essentiel : la conservation de la biodiversité ne peut réussir sans les communautés. Les intervenants ont rappelé que les populations locales, qui vivent au plus près des ressources naturelles, doivent être pleinement associées à la conception, à la gouvernance et à la mise en œuvre des initiatives de conservation. Cette approche participative doit également s’accompagner d’un meilleur accès aux mécanismes de financement afin que les ressources disponibles bénéficient effectivement aux acteurs de terrain. Les discussions ont par ailleurs souligné le rôle déterminant des collectivités territoriales, des chercheurs, du secteur privé, des organisations de la société civile, mais aussi des jeunes et des femmes dans l’atteinte des objectifs fixés à l’horizon 2030. Renforcer les capacités des acteurs, développer la recherche scientifique, promouvoir l’éducation environnementale et améliorer les mécanismes de suivi-évaluation sont apparus comme des leviers incontournables pour traduire les engagements internationaux en résultats concrets sur le terrain.
À travers cette initiative, AJE réaffirme sa conviction que la justice environnementale passe par une gouvernance inclusive, une participation citoyenne renforcée et une meilleure valorisation des savoirs scientifiques et communautaires. En créant des espaces de dialogue entre les différents acteurs, l’organisation entend contribuer à l’émergence de solutions concertées capables de répondre durablement aux défis de la biodiversité au Sénégal.
La protection de la biodiversité est l’affaire de tous. Chaque écosystème préservé, chaque initiative locale soutenue et chaque citoyen sensibilisé constituent une avancée vers un Sénégal plus résilient, plus équitable et plus durable. C’est dans cette dynamique qu’AJE poursuivra son engagement aux côtés des institutions, des partenaires et des communautés afin de faire de la préservation du vivant un véritable levier de développement pour les générations présentes et futures.
Comment garantir le droit à un environnement sain lorsque les communautés peinent encore à faire entendre leur voix ?
C’est autour de cette question qu’Action pour la Justice Environnementale (AJE), en partenariat avec le Cercle des publicistes de l’Institut Supérieur de Droit de Dakar (ISDD), a organisé, le 22 July 2026, un panel consacré au contentieux environnemental au Sénégal. Juristes, universitaires, étudiants, organisations de la société civile et représentants des communautés s’y sont retrouvés pour échanger sur les défis liés aux injustices environnementales, aux voies de recours et à la documentation des atteintes.
En ouvrant les discussions, M. Ibrahima Ngom a rappelé que le Sénégal s’est doté d’un cadre juridique de plus en plus protecteur du droit à un environnement sain. Toutefois, il a souligné que l’effectivité de ce droit demeure un défi. Selon lui, « le contentieux environnemental est principalement de nature administrative, mais les associations de défense de l’environnement et les communautés continuent de se heurter à des obstacles procéduraux qui limitent leur capacité à agir en justice et à défendre efficacement leurs droits».
Dans la même dynamique, Me Bocar Kanté a insisté sur l’importance de rendre les voies de recours réellement accessibles aux populations affectées. Si les mécanismes juridiques existent, leur efficacité dépend de leur mise en œuvre effective. Comme il l’a rappelé, « au-delà des avancées juridiques, une véritable volonté politique est indispensable pour garantir le respect des décisions des tribunaux et assurer une protection effective de l’environnement ». Il a également souligné les perspectives offertes par le développement de nouveaux recours et le renforcement des mécanismes de justice environnementale.
Les échanges ont ensuite montré que les communautés sont aujourd’hui des actrices à part entière de la justice environnementale. À travers les plaidoiries des étudiants de l’ISDD, les expériences de Thiaroye et de Bargny ont illustré la manière dont les populations s’organisent pour défendre leurs droits.
À Thiaroye, le combat du Collectif des habitants de la Cité F.I.S. contre les nuisances de l’usine SENCHIM démontre qu’une mobilisation collective, soutenue par une documentation rigoureuse des atteintes, peut conduire à des décisions de justice favorables.
À Bargny, les femmes transformatrices de poissons, les pêcheurs, les élus locaux et les organisations de la société civile ont montré que le plaidoyer, la mobilisation citoyenne et les recours juridiques peuvent contribuer à faire évoluer les décisions publiques face aux impacts des projets industriels.
La communication de M. Diop consacrée à la documentation des atteintes à l’environnement est venue compléter cette réflexion en mettant en lumière l’expérience des communautés de Sébikotane. Grâce aux outils de suivi des pollutions développés dans le cadre de l’Observatoire éco-citoyen et à la production du rapport AirGEO, les communautés disposent désormais de données objectives sur la qualité de l’air. Cette initiative montre que la documentation ne constitue pas une simple collecte d’informations : elle devient un véritable outil de plaidoyer, permettant d’objectiver les atteintes, de renforcer le dialogue avec les autorités et, lorsque cela s’avère nécessaire, de soutenir les recours devant les juridictions.
Thiaroye, Bargny et Sébikotane illustrent ainsi trois dimensions complémentaires de la justice environnementale : le recours stratégique au droit, la mobilisation communautaire et la production de preuves. Ensemble, ces expériences démontrent que la protection des droits environnementaux repose autant sur l’action des communautés que sur l’effectivité des mécanismes juridiques.
En créant cet espace de dialogue entre chercheurs, praticiens du droit, étudiants et représentants des communautés, Action pour la Justice Environnementale (AJE) réaffirme son engagement à promouvoir une justice environnementale plus accessible, fondée sur l’accès au droit, la participation citoyenne et la production de connaissances. Face aux défis environnementaux croissants, renforcer les capacités des communautés à documenter les atteintes, à mobiliser les voies de recours et à défendre leurs droits demeure une condition essentielle pour construire une gouvernance environnementale plus juste et plus inclusive au Sénégal.
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